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Quand le corps parle à la place des mots

Longtemps, j’ai cru que mes crises venaient de moi. De mon cœur. De ma fragilité. Je n’avais pas encore compris qu’elles venaient surtout de mon environnement. Vivre dans un climat où l’on doit être forte, souriante, disponible, alors qu’à l’intérieur tout tremble, crée une tension permanente. Une tension silencieuse. Je n’osais pas dire que j’allais mal. Et quand je l’aurais voulu, je pensais que personne ne comprendrait. Parce que je souriais. Parce que je “tenais”. Parce que j’avais cette carapace que beaucoup prennent pour de la solidité. Alors j’ai tout gardé à l’intérieur. L’anxiété, la fatigue, l’hypervigilance, les émotions retenues. Mon système nerveux n’a jamais eu de vrai repos. Et à force de contenir, quelque chose a dû sortir. Chez moi, c’est le cœur qui a parlé. Cette alarme porte un nom médical : la maladie de Bouveret. C’est une tachycardie paroxystique supraventriculaire, liée à un défaut électrique du cœur. Concrètement, il existe un circuit électr...

Vivre à contre-courant

​ Être TDAH, c’est vivre quand les autres dorment, tenir des vies entre ses mains la nuit et chercher la mienne à l’aube. C’est soigner dans le bruit des alarmes, puis offrir bénévolement du temps, de l’écoute, de l’élan à celles et ceux qui doutent. C’est glisser sur des roulettes comme on respire, transformer l’instabilité en mouvement, le chaos en chorégraphie. Je suis atypique. Fatiguée parfois, dispersée souvent, mais profondément engagée. Je vais à contre-courant d’un monde qui exige des lignes droites, alors que je suis faite de courbes, de nuits blanches, et d’une créativité qui sauve les autres, et moi-même.

Les réseaux

​ On m’a souvent demandé pourquoi j’avais disparu des réseaux. La vérité, c’est qu’à un moment… je ne m’y sentais plus à ma place. Pas seulement en ligne, mais aussi dans la vraie vie. J’avais cette envie de m’effacer, de ne plus exister. Mon appel à l’aide n’a été perçu que par peu de personnes, et petit à petit, je me suis laissée glisser dans une dépression profonde : perte de poids, idées sombres… Malgré tout, je continuais de travailler — c’était mon petit moteur, ma lueur d’équilibre. Pourtant, même là, mon apparence dérangeait certaines. Et j’ai compris quelque chose de dur : quand on est vulnérable, le monde peut devenir froid, sans indulgence. J’ai tenu plus d’un an avant de quitter les réseaux et de m’éteindre en silence. Puis il y a eu cet accident, qui m’a forcée à m’arrêter pendant six mois. Un arrêt brutal… mais salutaire. Ce temps suspendu m’a permis de me retrouver, d’apprendre à m’écouter à nouveau, de profiter des miens et de faire le tri. Ceux qui se disent amis mais...